Ouest France, 25 juill. 2010, L'horreur ne prend pas de vacances Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
26-07-2010

Editorial, dimanche 25 juillet 2010

Il ne faut pas baisser la garde. Notre sens moral et notre capacité d'indignation doivent rester en veille malgré les tentations de l'été. On connaissait les crimes dits d'honneur quand un homme tuait une femme accusée de légèreté dans les pays où l'intégrisme religieux sert de paravent à la barbarie. On savait l'enfermement des femmes sous toutes sortes de burqas. On savait aussi l'asservissement de la misère qui maintient en esclavage les damnés de la terre. On découvre ces jours-ci de nouvelles horreurs inhumaines.

En Inde, grand pays démocratique à l'économie florissante, une part de la société reste engluée dans des traditions moyenâgeuses dans l'irrespect du droit à disposer de soi. Le système des castes pèse encore bien lourd et le poids de la naissance vaut parfois la mort en cas de mésalliance. Des femmes accusées d'aimer un homme d'une caste inférieure sont étranglées et brûlées. On ne découvre pas un cas isolé mais un véritable phénomène de société.

En Chine, ce sont les adeptes du Falun Gong, mouvement spirituel bouddhiste qui marie la gymnastique et la méditation [...], qui sont accusés de sédition, arrêtés, torturés, tués... pour alimenter le marché de la greffe d'organes. Le témoignage des médecins qui pratiquent ces prélèvements rappelle les organisations nazies. Cette horreur nous rappelle une fois encore que l'humain est capable du pire.

Dans les pays d'Afrique centrale, ce sont les enfants accusés de sorcellerie que l'on chasse pour s'en défaire, comme vient de le révéler un rapport de l'Unicef. Cela n'a rien à voir avec la tradition de la grande famille africaine solidaire. C'est une nouvelle mauvaise pratique qui apparaît dans les villes où la société se délite. Ces enfants sont handicapés, albinos, différents, turbulents, indésirables : l'accusation de sorcellerie permet alors de les abandonner dans le flot des rues...

Ces faits divers qui troublent plus ou moins nos esprits cette semaine nous rappellent à la vigilance. Chaque jour est un jour d'horreur pour des enfants, des femmes et des hommes dont d'autres hommes bafouent l'intégrité. Les droits de l'homme restent des mots bien éloignés de la réalité de millions de nos contemporains. Et cet été encore, de jeunes filles quitteront la France pour aller en vacances dans le village de leurs origines. Le piège se refermera sur leur naïveté. Excisées, battues, mariées de force, elles ne reviendront pas toutes. Quand la coutume prend le pas sur le droit fondamental de la personne, il faut dénoncer la coutume. Encore et toujours. Pas de vacances pour la défense des droits de l'homme. Car l'horreur ne prend jamais de vacances.

Hervé Bertho 





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